Idée reçue
Ces opinions sont symptomatiques d'un niveau de maturité multiculturelle faible. Face à des personnes qui sont différentes, on va être dans le déni ou la défense selon l'échelle Bennett. On va prôner l’assimilation, à savoir un modèle de société qui demande aux personnes minoritaires de cacher leurs identités au profit de l’identité de la majorité.
L’exemple typique, c’est la demande faite aux femmes musulmanes de ne pas porter le voile. Ou aux personnes queers de ne pas venir nous embêter avec leurs pronoms.
Pour moi, il y a là une impression d’envahissement qui se cache derrière ce modèle. Comme si l’espace médiatique, le territoire national ou les places de travail appartenaient surtout aux personnes de groupes privilégiés et que les autres venaient nous déranger avec leurs particularités.
Ajouter à cela l'illustion de fréquence : le fait qu’en quelques décennies les minorités soient devenues assez à l’aise pour demander qu’elles soient traitées et considérées différemment donne l’impression d’une avalanche de doléances. « Le bureau des plaintes est surchargé. »
La Suisse est fondée sur un modèle d’intégration, où chaque partie fait un pas vers l’autre. C’est une responsabilité partagée, mais qui est souvent rejetée sur le dos des minorités, comme une patate chaude. Comme les efforts d’intégration des groupes marginalisés sont minimisés, on a l’impression qu’on fait tout pour eux et qu’eux de leur côté ne font que tirer la couverture vers eux.
Il faudrait pourtant avoir une discussion d’égal à égal sur les règles du vivre ensemble pour arriver à une diversité enrichissante. Mais celle-ci demande plusieurs choses.
La première est l’empathie, autant interpersonnelle que sociale, de la part de toutes les parties envers les autres pour casser les préjugés qu'on a sur les autres et qui créent les barrières au dialogue. Un sympathisant UDC pense déjà savoir ce qu'une femme voilée pense, ce qu'elle vit, ce dont elle a envie, etc. Une ribambelle d'idées préconçues qui limitent l'intérêt qu'on porte à l'autre et faussent notre compréhension de la réalité.
La deuxième, c’est de délimiter les contours de l’atteinte à la personne. A partir de quel moment, une demande d’adaptation dépasse les limites ? Par exemple, peut-on demander à un homo de « parler moins gay » ? Ou à une personne ayant un bégaiement de parler plus fluidement ?
Mais la plus importante, c’est d’avoir un objectif commun. Ce sentiment d’être dans la même barque va faire que tout le monde pagaie dans le même sens. Les phrases du type « la Suisse, tu l’aimes ou tu la quittes » indiquent clairement une volonté de non-coopérer. Par contre, ce sentiment collectif est facile à créer en entreprise. Un projet ou une initiative suffisent parfois.
Médias
- 03-but_commun_Rojzman
- 03-la_Suisse

- 03-empathie

- 03-derangement

- 03-assimilation

- 03-Bennett
