Idée reçue
Une des choses que peu d’entre nous avaient vu dans les années 2010, c’est à quel point nous n’avions pas réalisé que l’exclusion des hommes des mouvements féministes allait créer un contre-coup assez sévère. Ce contre-coup s’appelle aujourd’hui masculinisme.
Le masculinisme se conçoit comme l’équivalent du féminisme mais pour les hommes, à savoir un mouvement qui vient en aide aux hommes, qui sont de moins en moins bien lotis dans nos sociétés occidentales. Selon beaucoup de masculinistes, le féminisme a même joué en leur défaveur, d’où le besoin d’avoir un mouvement à eux.
Je concède deux choses au masculinisme. Premièrement, je pense effectivement qu’un grand nombre d’hommes sont fragilisés aujourd’hui. Deuxièmement, je pense également que tenir les hommes à l’écart des milieux féministes comportait certains risques.
Mais en même temps, est-ce qu’on pouvait faire autrement ? Il y avait un besoin de se sentir « entre nous » pour pouvoir partager et guérir des souffrances vécues. Il nous était difficile de prendre soin de nous-même et en même temps éduquer les personnes qui nous faisaient du mal.
Ce que je comprends, avec le recul, c’est que les hommes recevaient toutes les choses négatives qu’ils ont faites, sans forcément qu’on leur dise ce qu’il faut faire à la place. C’est comme si on vous demandait d’aller sur une scène de théâtre jouer un rôle pour lequel vous n’avez pas de script.
Par contre, là où je ne rejoins pas le masculinisme c’est sur les causes des problèmes que rencontrent les hommes. Les masculinistes font une grosse erreur d’attribution. Ils attribuent la source de leurs problèmes au féminisme alors que le coupable est le patriarcat. Les fautives sont en fait des fautifs.
Quand les hommes blâment les femmes pour la perte de la garde des enfants lors d’un divorce, ils ne se rendent pas compte que ces décisions sont prises sur la base du stéréotype « les femmes prennent soin des enfants. » Et malheureusement, ce stéréotype est en fait une réalité. Et beaucoup de mouvements féministes voulaient justement une garde plus équitable.
Pareil pour la santé mentale des hommes qui seraient très fragilisée aujourd’hui. Beaucoup de masculinistes pointent les femmes comme fautives, mais la recherche montre que la plus grande source de pression sur les hommes aujourd’hui est le… patriarcat. Ce patriarcat que les féministes elles-mêmes dénoncent.
Vous pouvez même entendre que les femmes volent les jobs des hommes, alors que c’est faux. Quand on regarde les statistiques, on voit que les postes à responsabilité (et donc les mieux rémunérés) ne sont pas pris d’assaut par les femmes. Par contre, ce que cet argument montre, c’est que le masculinisme est contre les autres groupes sociaux.
Quand je parle de cela avec mes étudiant-es, j’aime bien faire un diagramme de Venn où je leur demande d’abord de me citer des exemples de masculinistes qui veulent tirer les hommes vers le haut en tirant les autres vers le bas. Là beaucoup de noms fusent. C’est d’ailleurs ce que j’ai expliqué dans [cette idée reçue] sur la masculinité toxique.
Quand je leur demande de me donner des noms de masculinistes qui veulent tirer les hommes vers le haut, sans tirer les autres vers le bas, là rien ne leur vient à l’esprit. Le manque de masculinistes inclusifs est tel, qu’un étudiant a même répondu « ben vous, vous faites partie de cette catégorie. »
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